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Les Grands explorateurs

Au plus profond de l’âme de Venise

par Guillaume Rosier

Le 2 mai dernier, le Français Éric Courtade a clos sa tournée québécoise des Grands explorateurs au Centre multifonctionnel Cliffs. L’auteur-cinéaste-conférencier a présenté Venise, la Sérénissime, un film documentaire qui propulse le spectateur au cœur de l’âme vénitienne. La soirée était organisée par le Comité de spectacle de Fermont.

Ah! Venise! Ville de tous les rêves et de tous les fantasmes. La Sérénissime occupe une place de choix dans l’imaginaire collectif. Les amoureux des quatre coins du monde connaissent, même sans y avoir jamais mis les pieds, la lagune et les canaux, parcourus à bord des célèbres gondoles. Pourtant, derrière le décor se dissimule une autre Venise. Dans son film documentaire, Éric Courtade dépasse les clichés et part à la découverte de quelques-unes des faces les plus cachées de la ville.

Invitation à un mariage

En Europe, Éric Courtade est surtout connu pour son travail photographique aux États-Unis. Il a en effet bourlingué un peu partout dans le pays, des glaciers de l’Alaska aux déserts hostiles de l’ouest. « Personne ne m’attendait à faire un film sur Venise », avoue-t-il.

Éric Courtade découvre Venise pour la première fois à l’âge de 25 ans. « J’avais été envoyé là-bas pour un reportage photographique. Je suis tombé amoureux de la ville et je me suis dit qu’il fallait que je fasse un film, mais j’étais encore un peu jeune, je n’avais pas la lecture suffisante », raconte le réalisateur. Finalement, son vœu se réalise 30 ans plus tard : « J’ai reçu dans ma boite aux lettres une invitation à un mariage à Venise. J’étais très heureux de pouvoir y retourner. Je suis retombé amoureux de la ville et j’ai concrétisé mon projet de film. »

Le tournage du film a duré 6 mois, réparti à différents moments de l’année, pour un travail totalisant 18 mois.

Hors des sentiers battus

En 2015, 28 millions de touristes se sont rendus à Venise. Parmi les lieux incontournables figurent la place Saint-Marc, le palais des Doges ou encore le pont du Rialto. « Un touriste passe en moyenne 36 heures dans la ville. Cela laisse le temps de tout voir, mais aussi de ne rien voir », affirme Éric Courtade.

« Dès que l’on s’éloigne un peu des sentiers battus, il y a tout de suite beaucoup moins de touristes. On prend un plaisir inouï à se laisser porter par ses pas, à s’abandonner, à se perdre volontairement ou involontairement », explique le réalisateur. Songeur, il se demande sans cesse ce qui se cache derrière les portes des immeubles vénitiens. Un jour, intrigué par des cliquetis, il franchit le pas : « Je me suis rendu compte que derrière les portes, derrière les murs, se cache tout un univers d’ateliers d’artistes et d’artisans. »

Un quotidien envahi d’art et de passion

Éric Courtade a eu le privilège d’accéder à des ateliers d’ordinaire fermés au public. Les personnes qu’il a rencontrées perpétuent des métiers ancestraux, qu’on ne pratique bien souvent que dans la cité des Doges.

Dans le film projeté au Centre multifonctionnel Cliffs, les Fermontois sont restés bouche bée devant les techniques utilisées, que ce soit pour la confection de mosaïques, de tapisseries ou de masques de carnaval en papier mâché. La réalisation du papier marbré vénitien impressionne également. Pour obtenir l’effet marbré, l’artisan réalise un bain à la surface duquel il dessine des veinures à partir de gouttes d’huile colorées, puis y plonge la feuille vierge où s’impriment alors les couleurs. Tout simplement magique! Difficile aussi de ne pas s’émerveiller devant le travail des maitres verriers de Murano, qui réalisent de véritables chefs-d’œuvre, loin, bien loin des vulgaires copies chinoises qui se vendent dans de nombreuses échoppes de Venise.

« En discutant avec les artisans, j’ai eu la surprise de découvrir que leur métier est en voie de disparition. Avec le film, on a ainsi un témoignage visuel exceptionnel de plusieurs métiers artisanaux uniques en leur genre, qui cesseront d’exister dans les années à venir », précise le réalisateur.

Il Ballo del Doge

Dans un tout autre registre, Éric Courtade a pu accéder pour son film à l’une des soirées les plus sélectes de la planète, Il Ballo del Doge (le bal des Doges). Ce bal a lieu une fois par an, en période de carnaval, dans le sublime palais Pisani Moretta. Derrière de somptueux masques et costumes réalisés par Antonia Sautter, une costumière vénitienne de renom, se cachent célébrités, politiciens ou dirigeants de multinationales.

Dans le film documentaire, seulement certaines images de la soirée sont montrées. « À partir d’une certaine heure, je n’avais plus le droit de filmer », explique Éric Courtade. Quand on lui demande pourquoi, il répond : « Tout ce que je peux vous dire, c’est que les garde-fous du ponton à la sortie sont assez hauts. On peut ainsi s’y appuyer pour garder son équilibre et surtout éviter de tomber à l’eau. »

Nul doute que deux Venise existent. Celle des touristes et celle, secrète et inattendue. Beauté de corps, beauté d’âme, la Sérénissime cumule les deux.

Un maitre verrier
Un maitre verrier, emprunt d’une grande dextérité, réalise un petit cheval en verre de Murano.

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Publié le 16 mai, 2016, dans la publication : Numéro 9 Volume 34

  • art
  • documentaire
  • Grands explorateurs
  • passion
  • Venise

Publié sur le site le 16 mai 2016

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