Côte-Nord
Vers un retour de la forteresse péquiste ?
par Éric Cyr
À l’approche de l’élection québécoise du 5 octobre 2026, voici un bref historique des deux circonscriptions de la Côte-Nord traditionnellement favorables, durant des décennies, au Parti québécois (PQ), ancrage qui a été fragilisé lors de l’assaut de la Coalition avenir Québec (CAQ) qui les a remportées en 2022.
La circonscription électorale de Duplessis, dont Fermont et Schefferville font partie, a été créée en 1960 et est nommée en l’honneur de l’ancien premier ministre de l’Union nationale, Maurice Le Noblet Duplessis, mort en fonction le 7 septembre 1959 à Schefferville. Phénomène exceptionnel au Québec, cette circonscription est devenue un château fort péquiste et a été représentée par cette formation politique indépendantiste pendant près d’un demi-siècle. Des députés du Parti québécois s’y sont en effet succédé durant près de cinq décennies sans jamais se faire détrôner. Cette séquence unique a commencé par feu Denis Perron qui a obtenu cinq mandats de 1976 à 1997. Il a été relayé à la suite de son décès et d’une élection partielle par Normand Duguay, qui a siégé de 1997 à 2003, et par Lorraine Richard, qui a repris le flambeau en 2003. Duplessis n’avait jamais changé d’allégeance depuis le 15 novembre 1976 lors de l’élection du premier gouvernement du Parti québécois dirigé par René Lévesque. Ce rempart péquiste est par la suite passé sous le giron de la CAQ lors de l’élection du 3 octobre 2022. Ce basculement vient clore 46 ans de représentation ininterrompue par le Parti québécois qui y dominait depuis l’année des Jeux olympiques de Montréal. L’accession de la caquiste Kateri Champagne Jourdain à titre de députée dans Duplessis a marqué une page d’histoire. En plus de briser cette solide enclave péquiste en mettant fin au règne du Parti québécois qui y tenait les rênes, elle est devenue la première femme innue élue à l’Assemblée nationale et la première femme autochtone à accéder à une fonction ministérielle au Québec.
La Côte-Nord compte aussi une autre circonscription qui porte le nom d’un premier ministre qui a marqué l’histoire québécoise moderne. Le « comté » de René-Lévesque (autrefois Saguenay) a été créé en 1948 et renommé en 2001 en l’honneur du fondateur du Parti québécois, feu René Lévesque, surnommé affectueusement « Ti-poil ». Alors appelée Saguenay, cette circonscription est celle qui a le plus fortement appuyé la souveraineté du Québec lors du référendum de 1995, avec 73,33 % des voix en faveur du OUI. Adjacente à Duplessis, c’était également une importante fortification péquiste depuis les années 1970, malgré quelques interruptions. Le député indépendantiste Lucien Lessard y a représenté les citoyens de 1970 à 1982, d’abord sous la bannière de l’Union nationale puis sous celle du Parti québécois à partir de 1976, avant l’incursion libérale de Ghislain Maltais, de 1982 à 1994. Cet élan fut freiné par le péquiste Gabriel-Yvan Gagnon de 1994 à 2002. En 2002, c’est un député de la défunte Action démocratique du Québec (ADQ), François Corriveau, qui y fit un très bref passage d’une année, de 2002 à 2003, avant que le député du Parti québécois, Marjolain Dufour, lui succède en 2003. Il reste en poste jusqu’en 2015 avant de démissionner et de laisser la place à un autre péquiste, Martin Ouellet, élu lors de l’élection partielle de novembre 2015. Celui-ci a été défait par le caquiste Yves Montigny lors de l’élection générale de 2022.
La donne pourrait-elle changer à l’aube de la prochaine élection ? Une chose est certaine, le Parti québécois tentera de reconquérir ces anciens bastions souverainistes.